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Jacques Chanut, président de la FFB : "Le statut de micro-entrepreneur n'est pas adapté au bâtiment"

Publié par Pierre Lelièvre le
Jacques Chanut
© Twitter/@FFBatiment
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Des élus proposent d'instaurer une clause Molière pour obliger les salariés à parler français sur les chantiers. Cette mesure fait polémique. Que préconisez-vous ?

Nous demandons à ce que les employeurs étrangers qui détachent leurs salariés les forment avant de les envoyer en France. Ce n'est pas aux entreprises françaises de le faire, ils sont sous la responsabilité de leurs employeurs qui est l'entrepreneur ou l'agence d'intérim à l'étranger.

Tout est sujet à polémique à un mois de l'élection. Notre souci est pragmatique. Comment applique-t-on les consignes de sécurité avec des salariés qui ne comprennent pas un mot de Français ? Ce n'est pas possible. Pour travailler dans le bâtiment, il est quand même important que les gens comprennent les consignes qu'on leur donne. Ce ne sont pas des machines, ni des sous-salariés. Ils ont le droit aux mêmes conditions de santé et de sécurité que les autres.

Quel bilan tirez-vous du quinquennat de François Hollande qui s'achève dans quelques semaines ?

Nous avons vécu deux phases totalement opposées. De 2012 à 2014, ça a été une période très difficile, notamment pour mon prédécesseur (Didier Ridoret, NDLR). Nos interlocuteurs ne comprenaient pas la situation de désespoir que ressentait le monde du bâtiment face à la chute des marchés, et alors que les besoins dans le pays étaient là.

Par la suite, nous avons obtenu plusieurs mesures telles qu'un recalibrage du PTZ qui était à l'arrêt, la mise en place du dispositif Pinel, pour inciter à l'investissement locatif. Le CITE a été boosté, et le niveau de la TVA maintenu.

Nous avons réellement senti ces deux phases. Dès le départ, nous avons défendu avec pragmatisme les mesures qu'on pensait être les bonnes. Dès qu'elles ont été prises, comme prévu, le retournement d'activité est arrivé. Les mesures actées à partir de 2014 ont été bonnes, je les défends, mais notre pays a perdu deux ans et demi...

Nous demandons à ce que les employeurs étrangers qui détachent leurs salariés les forment avant de les envoyer en France.

CITE, PTZ, dispositif Pinel... les aides dont bénéficie le secteur se terminent bientôt. Quelle suite envisager ?

Il ne faut pas recommencer les mêmes erreurs. Gardons ce qui fonctionne notamment concernant le logement neuf. Ne touchons pas au dispositif Pinel ou au prêt à taux zéro ! On rediscutera avec le nouveau gouvernement qui va arriver et la nouvelle majorité. C'est à la fois une source d'inquiétude mais aussi d'espoir.

Le bâtiment est un des secteurs les plus prisés par le plan "500 000 formations" pour les demandeurs d'emplois. Est-ce positif ?

Il ne faut pas que ce plan soit au détriment de la formation initiale. C'est une bonne idée mais il faut trouver les financements pour assurer, à la fois, la formation continue et l'apprentissage. Avec l'évolution de nos métiers en termes de transition numérique et énergétique, nous allons avoir besoin de cet argent en formation continue pour que les salariés s'adaptent aux évolutions de nos métiers.

Les fédérations de constructeurs de maisons individuelles prônent davantage de contrôle de conformité des entreprises de constructions par la DGCCRF notamment. Êtes-vous en phase avec cette demande ?

Bien sûr ! Tout ce qui peut être fait pour permettre l'application de la loi est une bonne chose puisque ça assainit la concurrence. La concurrence est une bonne chose à condition qu'elle soit loyale et que les règles soient les mêmes pour tout le monde.

Vous venez d'être réélu à la présidence de la FFB pour trois ans. Quelles sont vos priorités pour ce nouveau mandat ?

Il faut que le retournement de l'activité que l'on connaît soit conforté en s'assurant que les mesures qui sont bonnes pour notre secteur soient maintenues et que les mesures décevantes soient modifiées ou recalibrées. Ensuite nous devons poursuivre la simplification de la vie de nos artisans et de nos entrepreneurs.

L'objectif est de créer plus facilement des emplois et de répondre plus justement aux marchés. C'est une démarche que nous devons réaliser sans tabou et sans dogme, aussi bien au niveau social que normatif.

Enfin, le troisième enjeu est d'accompagner nos artisans sur la transition numérique et énergétique. Avec le BIM, c'est un axe de développement indispensable même si je comprends que c'est un sujet qui peut inquiéter les plus petites entreprises. Cette réalité va s'imposer à nous et rien ne serait pire que de la subir.

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Pierre Lelièvre

Pierre Lelièvre

Journaliste

Depuis juin 2016, je suis journaliste pour Chef d’Entreprise, Commerce magazine, Artisans mag’. Intéressé par le monde de l’entreprise, j’écris sur tous [...]...

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Julien van der Feer,<br/>rédacteur en chef Julien van der Feer,
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