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Économie circulaire : danger ou opportunité pour les artisans ?

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Économie circulaire : danger ou opportunité pour les artisans ?

Le concept est récent et les initiatives encore rares dans le secteur artisanal, mais le mouvement semble lancé. Demain, les artisans devront faire de l'économie circulaire un levier d'activité. Pour l'heure, le principe leur sert déjà à réaliser des économies.

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L'objectif de l'économie circulaire est de produire des biens et des services tout en limitant la consommation et le gaspillage des matières premières, de l'eau et des sources d'énergie. La loi de transition énergétique imposent aux professionnels de recycler ou réutiliser 70 % des déchets de chantiers d'ici 2020, dans certains secteurs. Ainsi, des actions ont déjà été engagées par les filières : "c'est le cas dans la maçonnerie et le gros oeuvre, avec le retraitement des gravats issus de la démolition par exemple", remarque Dominique Métayer, vice-président de la Capeb.

Une source d'économie

Avant d'être une source potentielle de chiffre d'affaires, l'économie circulaire peut être un moyen de réduire ses dépenses. Première action à engager, le tri sélectif des déchets permet d'obtenir des coûts d'accès aux déchetteries plus modestes. Par exemple, explique Dominique Métayer, "en Ile-de-France, nous payons environ 25 euros la tonne de déchets de base inertes contre 120 à 150 euros pour le tout-venant". Une bonne raison pour organiser le tri en interne.

En 2015, la FFB a lancé une application mobile pour aider les artisans à repérer le centre de déchet le plus proche de leur chantier. L'objectif étant de déposer les déchets à proximité afin de ne pas consommer trop de carburant et de limiter la pollution. Bref de ne pas perdre, lors d'une action, le bénéfice de la démarche engagée.

La société Meignan, qui compte 35 salariés, a participé au groupe de travail initié par Siniat afin de mettre en place une filière de traitement et de valorisation des déchets de plaque de plâtre. "Nous trions nos déchets depuis une quinzaine d'années. Il nous est donc apparu naturel de tester leur recyclabilité avec un industriel", explique Benoît Gagneux, président de la SAS Meignan, installée dans la Mayenne. "Pour réduire le volume de nos déchets, qui représentent environ 5 % de nos achats, nous utilisons un broyeur. Et nous disposons de nos propres bennes pour collecter les déchets propres qui sont réinjectés dans le processus de fabrication de l'industriel", précise Benoît Gagneux.

Le process, initialement basé sur un système de collecte via des bigs bags, a été révisé parce qu'il n'était pas adapté aux règles de sécurité du côté du déchargement. Aujourd'hui, les salariés collectent les déchets dans des caissons qu'ils vident dans la benne. Puis l'entreprise livre les déchets chez un recycleur sous contrat avec l'industriel. Une organisation qui coûte à l'entreprise Meignan. "Il est possible de recycler, mais l'opportunité de développer un business est faible", regrette Benoît Gagneux. Siniat rappelle s'engager dans la valorisation des déchets et assure que jusqu'à 30 % d'une plaque de plâtre est issue du recyclage. Traités, les déchets peuvent ainsi être reconditionnés et donc entrés dans un cercle vertueux. C'est pourquoi les organisations professionnelles se mobilisent pour accompagner les entreprises et les inciter à participer à l'effort collectif.

Booster le chiffre d'affaires ?

L'idée selon laquelle l'économie circulaire serait génératrice de chiffre d'affaires pour les entreprises artisanales est séduisante. Certes, l'artisan peut valoriser sa démarche auprès de ses clients et répercuter les coûts induits dans les devis, puisque la préservation de la planète et de ses ressources concerne tout le monde. Premier frein, "les clients estiment toujours que cette ligne du devis est trop onéreuse", commente Dominique Métayer. Il faut donc "expliquer le travail réalisé et les obligations de chacun". De là à en tirer de la valeur ajoutée, le pas à franchir est plus complexe. Car, insiste le vice-président de la Capeb, il existe un deuxième frein : "cela nécessite une certaine organisation, ne serait-ce que pour stocker les matériaux".

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